Des poèmes à lire

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Chaque jour, Danièlle Bruel de l’association Le Goût de lire en Pays d’Apt et L'Antre Lieux association nous proposent un poème à lire :

 

Jour 32 : poème proposé par Danièlle Bruel

 

Les chercheuses de poux

Quand le front de l’enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l’essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.
Elles assoient l’enfant auprès d’une croisée
Grande ouverte où l’air bleu baigne un fouillis de fleurs
Et, dans ses lourds cheveux où tombe la rosée,
Promène leurs doigts fins, terribles et charmeurs.
Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu’interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.
Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter, parmi ses grises indolences,
Sous leurs ongles royaux, la mort des petits poux.
Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d’harmonica qui pourrait délirer :
L’enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.

Arthur Rimbaud

Du même auteur sur le catalogue du S.L.L. de Vaucluse

 

Jour 32 : poème proposé par l'Antre Lieux association

Que ce lieu pour rester (extrait)

Voilà
que tu es devenu poreux

ta vie
ton corps
bien près d’éclore

un demi-siècle

que tu es cette chose vivante
à son tour
sur la terre

et ne sait toujours pas quoi
t’emplit
te contient

dont tu parais soudain voûté
craintif
un ton plus bas

et cependant tu sens montant la simple côte
en faisant rouler la pierre

que quelque chose est là

pour toi

impossible à dilapider

Car
on t’attend quelque part
dans l’enfoui

comme autrefois

tu te souviens
de cette vie profonde sous la pile des linges

que tout était par devant
bien plié le journal sur la table
puis la table dans le jardin

avec du ciel

mais dans un fouillis débonnaire
d’odeurs et de regards
et de sœurs probes qui caressent

aujourd’hui tous ces vivants
jamais rejoints

sont-ils toujours de ta famille
pris ici dans les mots
n’ayant que ce lieu

pour rester
Georges Guillain
In Avec la terre, au bout,
Atelier La Feugraie

 

 

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